dimanche 27 décembre 2009
Accueillir l'ombre.



La maison que j'habite nourrit l'ombre de lumière.
Les formes se théâtralisent, s' inventent, se fécondent et se multiplient.
Les objets révèlent une âme sombre et changeante, jamais menaçante.
La maison que j'habite accueille l'ombre comme une amie.



Un ami écrit à propos de cet espace :
Que fait le soleil
En tournant tout autour
De la science du bois ?
Le sol est un livre ouvert
Où se lit le spectre de la maison
Page après page
S'immobilise le temps
Avec un peu d'or
En poussière
samedi 26 décembre 2009
Poussière

Cabinet des curiosités Johann Georg Hinz 1666
Il neige sur la tour Eiffel
Dans la prière de ses mains
la boule chaude comme un sein
enserre un passé lointain.
La courbe rose d'un coquillage
ouvre l'écho d'un beau voyage
De son plumeau elle rend nickel
une poupée aux yeux de verre
le globe cabossé de la terre
C'est un dimanche ordinaire
elle dépoussière les étagères
elle pense à tout autre chose
en effleurant toutes ces choses
Elle caresse de son plumeau
la longue file des bibelots
le cadre de la fête des mères
la pipe culottée de son père
le couple raide des mariés
arrachés à la pièce montée
Elle frôle le dos poli
d'un caillou qu'elle trouva joli
sur le long sentier de l'oubli
Ce sont des gestes ordinaires
elle dépoussière les étagères
Elle pense à mille choses
en déplaçant toutes ces choses
Elle surfe sur tous ces trésors
échoués là au fil des ans
une pendule qui bat encore
les cinq bras d'une étoile de mer
un' fiole de sable du désert
un médaillon une rose des vents
petits cailloux de ptit Poucet
qui voudraient baliser l' passé
objets fétiches qu'elle a aimés
C'est un dimanche ordinaire
elle dépoussière les étagères
elle chante la vie en rose
en nettoyant toutes ces choses
Un voile léger de poussière
retombe dans un rai de lumière
sur le rouge fané d'un corail
en faisant fi de son travail
un film gris perpétuel
qui couvre imperceptiblement
le cimetière des innocents
Il neige sur la tour Eiffel
dans la prière de ses mains
Ce sont des gestes ordinaires
elle dépoussière les étagères
elle pense à tout autre chose
en effleurant toutes ces choses
dimanche 6 décembre 2009
Anagramme ( une)
L'anagramme fait partie de ces mots français dont on hésite toujours sur le genre : un ? une ? une question bleue pour le jeu des mille euros, un traquenard pour tests de magazines estivaux : "Parlez-vous bien français ?". Une langue qui s'obstine à placer des e finaux aux noms masculins et des queues-consonnes aux féminins.
Au programme de sixième, les jeux de mots, les combinatoires ludiques : on prend les lettres et on les bat comme des cartes. Voyez ! c'est amusant, non ? Pas sûr du tout de ça le petit maigre teigneux et goguenard qui se tortille devant moi sur sa chaise ! Pas convaincu non plus le garçon renfrogné dont le dossier secret signale qu'il est "susceptible" omettant d'ajouter qu'à la moindre contrariété, il explose et cherche illico à casser la tête de son voisin le plus proche. Faut ce qui faut, je me fends d'un petit poème pour leur faire comprendre l'anagramme ( une) et m'amuser un peu contre la laideur résignée de cette salle de classe.
La niche est dans le chien
comme aimer dans Marie
Rêver fond dans un verre
L'écrou serre le cœur
Couleur cache coulure
Et le mâle une lame
Le ciel semble une lice
Dans l'orgue un point rouge
Marion dort au manoir
Le tsar se voudrait star
La police picole
Claire se rêve éclair
et le beau gît dans l' aube
Les lettres se mélangent
Le monde est si petit
Les choses se rencontrent
C'est la vie, c'est la vie
lundi 2 novembre 2009
Rouille
Brandon
La rouille est la substance de couleur brun-rouge formée quand des composés contenant du fer, se corrodent en présence de dioxygène et d'eau.
C'est une réaction d'oxydation lente qui aboutit à la formation d'oxydes ou d'hydroxydes plus ou moins hydratés et mal cristallisés, dont le plus stable est l'hématite.
Corps endolori du matin. Novembre. Temps de chrysanthèmes.
En mémoire, des poèmes, ceux de la petite et moyenne enfance qu'on apprend sans vraiment les comprendre.
Le cahier de "poésies" offert par la Ville de Marseille, arborant sur sa couverture les armoiries de la cité : croix d'azur surmontée de la couronne à cinq tours, flanquée à gauche d'un lion, à droite d'un taureau. La devise "Actibus immensus urbs fulget Massaliensis" aussi énigmatique alors que les mots des poètes à apprendre par coeur avec le ton mais sans " l'assent" qui allait pourtant si bien avec le blason : les feuilles "mordorées" pleuvant dans la forêt, "les grands boeufs aux yeux glauques", le "pampre" et le "thyrse", le "paysan cagneux" et un "cor qui s'afflige".`
Les Emaux et camées très chics de Théophile Gautier ( sans h ,s'il vous plaît), la voix du nord de Verharen, le belge, Hérédia en Trophées et Verlaine en impair, pauvre feuille morte emportée "au vent mauvais", Maurice Carême, Prévert, Apollinaire, Hugo, Chateaubriand et Lamartine; petits et grands mêlés.
Mykel Boyd
La forêt rouille en Novembre
J'ai sur la langue un goût de fer
La douleur gangrène mes membres
Les ceps sont nus comme des vers
November
Le vent réveille les voix anciennes
un hallali de sang et d'or
A chaque jour suffit sa peine
la mort s'effeuille dans mon corps
November
Un mois de plus ici succombe
Je ronronne des pensées sombres
Comme un verdict les saisons tombent
Je reste seul dans des décombres
November
Les automnes d'Apollinaire
et tout l'hiver de Baudelaire
se brouillent déjà dans ma mémoire
Mental dédale, jeux de miroirs
November
Leurs mots se rouillent en Novembre
je sens la blessure de leur mors
Dans l'ombre moite de la chambre
ils grincent encore quand je m'endors.
November
Crystal Ballard
mardi 27 octobre 2009
Retour de Lyon- Biennale X
L'automne est doux, le ciel lyonnais clément. Les vélos orange du Grand Lyon, pratiques pour sillonner la ville, zigzaguer sur les trottoirs, suivre les quais du Rhône ou de la Saône, rejoindre les sites où se donne en spectacle le « quotidien » perçu par les artistes contemporains selon la thématique de cette dixième biennale.
Les chapitres définis par Hou Hanru, commissaire de la biennale ( La magie des choses, L'éloge de la dérive, Vivons ensemble et Un autre monde est possible) se mélangent dans les espaces d'exposition.
Dans le quartier de la confluence, La Sucrière et ses silos : GAUCHE/DROITE souligne Rigo 23, pléonastique.
Dehors, le long du quai, les péniches très artistes , manifestent une esthétique tout à la fois minimaliste et additionnelle. Art de vivre de bric et de broc. Humanité et poésie d'un bricolage, d'un assemblage.
Magie des choses, à l'entrée de l'expo, le demi-portail rageur de Shilpa Gupta frappe le mur qui le supporte à grands coups de boutoir, dans un bruit insupportable.
Plus loin Barry Gee, fait l'éloge de la dérive, en installant des camionnettes taguées ; l'art urbain du graft est mis en scène .
Un autre monde est possible pour Pedro Reyes avec des pistolets contre des pelles à tous les râteliers.
Carlos Motta taille au laser des slogans de lumière dans un mur noir
Agnès Varda, pour ce même chapitre, imagine des cabanes si légères que le loup n'aurait pas beaucoup à souffler pour les balayer : celle de la plage enchâlée de toiles et de cordages, celle aux portraits d'hommes et de femmes, celle de cinéma faite de pellicules 35 mm avec leurs toutes petites images, mémoire en lanières des films qu'on a aimés.
Et puis des choses surprenantes en vrac : des mots rouges qui ruissellent de plus en plus denses dans un bruit de cascade, dans la nuit d'une salle jusqu'à l'ensanglanter totalement.
Des os de porcelaine peinte en bleue, rangés dans des casiers de bois superposés, entre Cold case et vanités, de Yang Jiechang
Des photos de ville où une femme se promène bras dessus bras dessous avec un homme réduit à sa charpente, ou promène des squelettes de chiens en laisse, d'autres où l'espace public de la route est investi pour des actes quotidiens et intimes.
Des intérieurs inquiétants
Et surtout à l'entrepôt Bichat, l'installation des néons de Pedro Cabrita Reis qui dessinent l'espace de l'entrepôt, jouent avec la lumière naturelle , tremblent dans les flaques des dernières pluies, soulignent le montant d'une machine abandonnée, flottent ou se posent à même le sol, épées de jedi invisibles. Modestie du matériau, force de la trace, du trait.
dimanche 30 août 2009
retour de Venise
Beaucoup ont jugé décevante cette 53ème édition de la Biennale d'art de Venise .
Son thème « Making worlds » pour être très large n'en laissait pas moins espérer plus d'inventivité, plus d'audace peut-être.
Le pavillon français investi par Claude Lévêque propose une installation de belle facture, très « chic », plus déprimante qu'angoissante : « le Grand soir »
On s'y retrouve au milieu de cages vides dont les parois recouvertes de paillettes argentées scintillent comme au music hall. Trois couloirs partent de l'espace central pour conduire à une même impasse : des grilles derrière lesquelles dans la pénombre, un drapeau noir claque sous l'effet de ventilateurs .
En fond sonore, des sirènes de bateaux cherchant désespérément une direction, sans doute.
On est loin du fantasmagorique Casino d'Annette Messager en 2005 et du jouissif Prenez soin de vous de Sophie Calle en 2007.
Par ailleurs, le lion décerné à l'artiste américain Bruce Nauman pour l'exposition du pavillon national, cercle de mains enlacées et empilement de têtes en fontaine peut déconcerter.
Pour autant, l'itinéraire dans les Giardini offre de jolis moments et l'architecture de l'Arsenal, qui annexe de nouveaux espaces, est en elle-même, un vrai bonheur.
Et puis il y a Venise épuisant les regards sans jamais s'épuiser, beautés anciennes et nouveaux atours comme cette Punta della Dogana réhabilitée par Tadao Ando pour Pinault , les curiosités du palais Fortuny, les Glasstress de l'institut des Sciences et Lettres au Palazzo Cavalli Franchetti ... et, surtout, l'hommage à Robert Rauschenberg ( mort en 2008) jusqu'au 20 Septembre , au musée Guggenheim .
Une quarantaine de « Gluts », assemblages d'éléments métalliques récupérés dans la décharge de Fort Myers en Floride, « totems » de l'industrialisation déclinante.
Des oeuvres élégantes, entre peinture et sculpture, révélant une extraordinaire maîtrise de l'artiste, rencontres poétiques de formes, de couleurs, de mouvements, qui selon Rauschenberg, doivent sembler évidentes, « inévitables ».
Dans les boîtes en céramique de Bertozzi et Casoni se cachent
le David de Michel-Ange, le cri de Munch, des diables et bien d'autres surprises
A l'Arsenal, un poulpe géant flotte dans l'espace.
Aux giardini , Saraceno géométrise.
vendredi 14 août 2009
Peplum

C’était à Rome
Dans un peplum
J’étais Didon
T’étais Enée
Didon d’Enée
Abandonnée
Tu fus mon homme
Dans un peplum
Sous nos sternum
Le sang battait
Libidineux
ad libitum
Croquant la pomme
Dans un peplum
Tu fus mon homme
J’étais Didon
Ma libido
Vers le summum
C’était à Rome
Dans un péplum
Libertinant
ad libitum
Nos libidos
au maximum
De Rome de
Son decorum
Ne garderons
Qu’un erratum
C’était bidon
Sous le sternum
C’était à Rome
Dans un peplum
J’étais Didon
T’étais Enée
Didon d’Enée
Abandonnée
lundi 10 août 2009
Lépidoptère

J'étais fille sans poids
fille sans foi ni loi
des baisers papillons palpitaient près de moi
sans jamais se poser
sans jamais s'attarder
J'étais fille de l'air
de joie et de lumière
j'aimais les vols gracieux
les amoureux larcins
de ces lépidoptères
Et voilà que l'un d'eux
se colle à mon sein
et tatoue ses deux ailes
au bord de mes dentelles !
J 'étais fille sans peine
fill' de roi presque reine
les baisers tourbillons se piquaient à ma traîne
sans jamais m'arrêter
sans jamais m'épingler
j'étais fille du vent
des cimes et de la plaine
j'aimais les vols extases
les loopings kamikazes
des beaux lépidoptères
Et voilà que l'un d'eux
se fiche entre mes yeux
se couche sur mes frasques
s'agrafe à mes basques !
J'étais fille volage
fille à tourner les pages
sans dieu bon ou mauvais sans gage sans balisage
j'étais fill' sans filet
sans maille sans collet
j'étais fleur j'étais fruit
en un non en un oui
devenir sans futur
j'aimais être éphémère
comme un lépidoptère
Et voilà que j'me pose
que j'me métamorphose
contre toi fille frêle
et me rêve éternelle! 
samedi 11 juillet 2009
mot de passe

Nicholas Breslow
ce fut un tour de passe passe
j'ai rien vu
les guerres dit-on sont toujours lasses
je l'ai lu
là tout se place et se glace
j'ai trop bu
le mot de passe
je ne l'ai plus
sûr, les débuts se désabusent
j'y ai pas cru
le temps abuse les coups s' accusent
j'ai rien su
la vie s'est noyée aux écluses
j'aurais dû
le mot de passe
je ne l'ai plus
ce fut un tour de passe passe
j'ai pas pu
l' amour et les désirs trépassent
je l'ai tu
c'est impair c'est manque c'est passe
j'ai perdu
le mot de passe
je ne l'ai plus
Prasanth Nair /code red
jeudi 2 juillet 2009
Hymne à l'amour

Ce n'est pas qu'j'sois cruelle
que j'aie l'âm'criminelle
mais c'est vrai c'est un fait
le seul être que jamais
j'eus envie de tuer
c'est toi chéri c'est toi
Tes draps furent suaires
Tes nuits chemins de croix
N'éprouve aucun effroi
à cet aveu sincère
c'est de l'amour je crois
Dans des rêves sanglants
et tout dégoulinants
j'ai découpé tes chairs
voluptueusement
à la hache au couteau
ou bien plus simplement
aux modestes ciseaux
dépecé de sang froid
N'éprouve aucun effroi
à cet aveu sincère
c'est de l'amour je crois
Pour trouver dans ton corps
la porte dérobée
de tes échappatoires
la clé du coffre-fort
le code du grimoire
dans des cryptes écartées
je t'ai écartelé
étripé quelquefois
N'éprouve aucun effroi
à cet aveu sincère
c'est de l'amour je crois
Je t'ai haché menu
dans mes songes ingénus
plombé à l'arsenic
brûlé comm' hérétique
noyé en mer de chine
dans des versions marines
offert aux cannibales
comme une proie de choix
N'éprouve aucun effroi
à cet aveu sincère
c'est de l'amour je crois
J'ai bien sûr étrenné
les étreintes de marbre
pour enserrer tes membres
usé de brodequins
t'ai dissous à l'acide
dans des trips assassins
et sans nul goût morbide
t'ai mangé presque froid
N'éprouve aucun effroi
à cet aveu sincère
c'est de l'amour je crois
Moi l'anthropophagie
c'est pas ma cup of tea
j'en avais nulle idée
avant de t'rencontrer
j'ai pourtant dévoré
ta cervelle brûlée
ton coeur tous tes abats
ta moelle et ton foie
N'éprouve aucun effroi
à cet aveu sincère
c'est de l'amour je crois
Je fus veuve à demi
encore tout ébahie
de te trouver entier
au sortir de nos nuits
dieu que j'ai sangloté
mais toujours soutenue
par les femmes éplorées
que tu avais connues
N'éprouve aucun effroi
à cet aveu sincère
c'est de l'amour je crois
E.P.
























































