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paroles de chansons à la recherche de compositeurs, coups de coeur, petits riens...

lundi 2 novembre 2009

Rouille

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Brandon


La rouille est la substance de couleur brun-rouge formée quand des composés contenant du fer, se corrodent en présence de dioxygène et d'eau.
    C'est une réaction d'oxydation lente qui aboutit à la formation d'oxydes ou d'hydroxydes plus ou moins hydratés et mal cristallisés, dont le plus stable est l'hématite.


Corps endolori du matin. Novembre. Temps de chrysanthèmes.
En mémoire, des poèmes, ceux de la petite et moyenne enfance qu'on apprend sans vraiment les comprendre.
Le cahier de "poésies" offert par la Ville de Marseille, arborant sur sa couverture les armoiries de la cité : croix d'azur surmontée de la couronne à cinq tours, flanquée à gauche d'un lion, à droite d'un taureau. La devise "Actibus immensus urbs fulget Massaliensis" aussi énigmatique alors que les mots des poètes à apprendre par coeur avec le ton mais sans " l'assent" qui allait pourtant si bien avec le blason : les feuilles "mordorées" pleuvant dans la forêt, "les grands boeufs aux yeux glauques", le "pampre" et le "thyrse", le "paysan cagneux" et un "cor qui s'afflige".`
Les Emaux et camées très chics de Théophile Gautier ( sans h ,s'il vous plaît), la voix du nord de Verharen, le belge, Hérédia en Trophées et Verlaine en impair, pauvre feuille morte emportée "au vent mauvais", Maurice Carême, Prévert, Apollinaire, Hugo, Chateaubriand et Lamartine; petits et grands mêlés.


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Mykel Boyd


La forêt rouille en Novembre
J'ai sur la langue un goût de fer
La douleur gangrène mes membres
Les  ceps sont nus comme des vers

November

Le vent réveille les voix anciennes
un hallali de sang et d'or
A chaque jour suffit sa peine
la mort s'effeuille dans mon corps

    November
Un mois de plus ici succombe
Je ronronne des pensées sombres
Comme un verdict les saisons tombent
Je reste seul dans des décombres

November

Les automnes d'Apollinaire
et tout l'hiver de Baudelaire
se brouillent déjà dans ma mémoire
Mental dédale, jeux de miroirs

November

Leurs mots se rouillent en Novembre
je sens la blessure de leur mors
Dans l'ombre moite de la chambre
ils grincent encore quand je m'endors.

November

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Crystal Ballard

 

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mardi 27 octobre 2009

Retour de Lyon- Biennale X

L'automne est doux, le ciel lyonnais clément. Les vélos orange du Grand Lyon, pratiques pour sillonner la ville, zigzaguer sur les trottoirs, suivre les quais du Rhône ou de la Saône, rejoindre les sites où se donne en spectacle le « quotidien » perçu par les artistes contemporains selon la thématique de cette dixième biennale.
Les chapitres définis par Hou Hanru, commissaire de la biennale ( La magie des choses, L'éloge de la dérive, Vivons ensemble et Un autre monde est possible) se mélangent dans les espaces d'exposition.

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Dans le quartier de la confluence, La Sucrière et ses silos : GAUCHE/DROITE souligne Rigo 23, pléonastique.

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Dehors, le long du quai, les péniches très artistes , manifestent une esthétique tout à la fois minimaliste et additionnelle. Art de vivre de bric et de broc. Humanité et poésie d'un bricolage, d'un assemblage.

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Magie des choses, à l'entrée de l'expo, le demi-portail rageur de Shilpa Gupta frappe le mur qui le supporte à grands coups de boutoir, dans un bruit insupportable.
Plus loin Barry Gee, fait l'éloge de la dérive, en installant des camionnettes taguées ; l'art urbain du graft est mis en scène .

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Un autre monde est possible pour Pedro Reyes avec des pistolets contre des pelles à tous les râteliers.

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Carlos Motta taille au laser des slogans de lumière dans un mur noir

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Agnès Varda, pour ce même chapitre, imagine des cabanes si légères que le loup n'aurait pas beaucoup à souffler pour les balayer : celle de la plage enchâlée de toiles et de cordages, celle aux portraits d'hommes et de femmes, celle de cinéma faite de pellicules 35 mm avec leurs toutes petites images, mémoire en lanières des films qu'on a aimés.


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Et puis des choses surprenantes en vrac : des mots rouges qui ruissellent de plus en plus denses dans un bruit de cascade, dans la nuit d'une salle jusqu'à l'ensanglanter totalement.

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Des os de porcelaine peinte en bleue, rangés dans des casiers de bois superposés, entre Cold case et vanités, de Yang Jiechang

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Des photos de ville où une femme se promène bras dessus bras dessous avec un homme réduit à sa charpente, ou promène des squelettes de chiens en laisse, d'autres où l'espace public de la route est investi pour des actes quotidiens et intimes.

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Des intérieurs inquiétants


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Et surtout à l'entrepôt Bichat, l'installation des néons de Pedro Cabrita Reis qui dessinent l'espace de l'entrepôt, jouent avec la lumière naturelle , tremblent dans les flaques des dernières pluies, soulignent le montant d'une machine abandonnée, flottent ou se posent à même le sol, épées de jedi invisibles. Modestie du matériau, force de la trace, du trait.


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dimanche 30 août 2009

retour de Venise

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Beaucoup ont jugé décevante cette 53ème édition de la Biennale d'art de Venise .
Son thème « Making worlds » pour être très large n'en laissait pas moins espérer plus d'inventivité, plus d'audace peut-être.
Le pavillon français investi par Claude Lévêque propose une installation de belle facture, très « chic », plus déprimante qu'angoissante : « le Grand soir »
On s'y retrouve au milieu de cages vides dont les parois recouvertes de paillettes argentées scintillent comme au music hall. Trois couloirs partent de l'espace central pour conduire à une même impasse : des grilles derrière lesquelles dans la pénombre, un drapeau noir claque sous l'effet de ventilateurs .
En fond sonore, des sirènes de bateaux cherchant désespérément une direction, sans doute.

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On est loin du fantasmagorique Casino d'Annette Messager en 2005 et du jouissif  Prenez soin de vous  de Sophie Calle en 2007.
Par ailleurs, le lion décerné à l'artiste américain Bruce Nauman pour l'exposition du pavillon national, cercle de mains enlacées et empilement de têtes en fontaine peut déconcerter.
Pour autant, l'itinéraire dans les Giardini offre de jolis moments et l'architecture de l'Arsenal, qui annexe de nouveaux espaces, est en elle-même, un vrai bonheur.
Et puis il y a Venise épuisant les regards sans jamais s'épuiser, beautés anciennes et nouveaux atours comme cette Punta della Dogana réhabilitée par Tadao Ando pour Pinault , les curiosités du  palais Fortuny, les Glasstress de l'institut des Sciences et  Lettres au Palazzo Cavalli Franchetti ... et, surtout, l'hommage à Robert Rauschenberg ( mort en 2008) jusqu'au 20 Septembre , au musée Guggenheim .
Une quarantaine de « Gluts », assemblages d'éléments métalliques récupérés dans la décharge de Fort Myers en Floride,   « totems » de l'industrialisation déclinante.
Des oeuvres élégantes, entre peinture et sculpture, révélant une extraordinaire maîtrise de l'artiste, rencontres poétiques de formes, de couleurs, de mouvements, qui selon Rauschenberg, doivent sembler évidentes, « inévitables ».


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Dans les boîtes en céramique de Bertozzi et Casoni se cachent
le David de Michel-Ange, le cri de Munch, des diables et bien d'autres surprises

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A l'Arsenal, un poulpe géant flotte dans l'espace.

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Aux giardini , Saraceno géométrise.

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vendredi 14 août 2009

Peplum

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C’était à Rome
Dans un peplum
J’étais Didon
T’étais Enée
Didon d’Enée
Abandonnée

Tu fus mon homme
Dans un peplum
Sous nos sternum
Le sang battait
Libidineux
ad libitum
 
Croquant la pomme
Dans un peplum
Tu fus mon homme
J’étais Didon
Ma libido
Vers le summum

C’était à Rome
Dans un péplum
Libertinant
ad libitum
Nos libidos
au maximum

De Rome de
Son decorum
Ne garderons
Qu’un erratum
C’était bidon
Sous le sternum

C’était à Rome
Dans un peplum
J’étais Didon
T’étais Enée
Didon d’Enée
Abandonnée

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lundi 10 août 2009

Lépidoptère

butterfly
 
J'étais fille sans poids
fille sans foi ni loi
des baisers papillons palpitaient près de moi
sans jamais se poser
sans jamais s'attarder
J'étais fille de l'air
de joie et de lumière
j'aimais les vols gracieux
les amoureux larcins   
de ces lépidoptères

Et voilà que l'un d'eux
se colle à mon sein
et tatoue ses deux ailes
au bord de mes dentelles !

J 'étais fille sans peine
fill' de roi presque reine
les baisers tourbillons se piquaient à ma traîne 
sans jamais m'arrêter
sans jamais m'épingler
j'étais fille du vent
des cimes et de la plaine
j'aimais les vols extases
les loopings kamikazes
des beaux lépidoptères

Et voilà que l'un d'eux
se fiche entre mes yeux
se couche sur mes frasques
s'agrafe à mes basques !

  J'étais fille volage
fille à tourner les pages
sans dieu bon ou mauvais sans gage sans balisage
j'étais fill' sans filet
sans maille  sans collet
j'étais fleur j'étais fruit
en un non en un oui
devenir sans futur
j'aimais être éphémère
comme un lépidoptère

Et voilà que j'me pose
que j'me métamorphose
contre toi fille frêle
et me rêve éternelle!

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samedi 11 juillet 2009

mot de passe

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Nicholas Breslow

ce fut un tour de passe passe
j'ai rien vu
les guerres dit-on sont toujours lasses
je l'ai lu
là tout se place et se glace
j'ai trop bu

le mot de passe
       je ne l'ai plus

sûr, les débuts se désabusent
j'y ai pas cru
le temps abuse les coups s' accusent
j'ai rien su
la vie s'est noyée aux écluses
j'aurais dû

le mot de passe
       je ne l'ai plus

ce fut un tour de passe passe
j'ai pas pu
l' amour et les désirs trépassent
je l'ai tu
c'est impair c'est manque c'est passe
j'ai perdu

le mot de passe
       je ne l'ai plus

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Prasanth Nair /code red

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jeudi 2 juillet 2009

Hymne à l'amour

amoureux

Ce n'est pas qu'j'sois cruelle
que j'aie l'âm'criminelle
mais c'est vrai c'est un fait
le seul être que jamais
j'eus envie de tuer
c'est toi chéri c'est toi
Tes draps furent suaires
Tes nuits chemins de croix
N'éprouve aucun effroi
à cet aveu sincère
c'est de l'amour je crois

Dans des rêves sanglants
et tout dégoulinants
j'ai découpé tes chairs
voluptueusement
à la hache au couteau
ou bien plus simplement
aux modestes ciseaux
dépecé de sang froid
N'éprouve aucun effroi
à cet aveu sincère
c'est de l'amour je crois

Pour trouver dans ton corps
la porte dérobée
de tes échappatoires
la clé du coffre-fort
le code du grimoire
dans des cryptes écartées
je t'ai écartelé
étripé quelquefois
N'éprouve aucun effroi
à cet aveu sincère
c'est de l'amour je crois

Je t'ai haché menu
dans mes songes ingénus
plombé à l'arsenic
brûlé comm' hérétique
noyé en mer de chine
dans des versions marines
offert aux cannibales
comme une proie de choix
N'éprouve aucun effroi
à cet aveu sincère
c'est de l'amour je crois

J'ai bien sûr étrenné
les étreintes de marbre
pour enserrer tes membres
usé de  brodequins
t'ai dissous à l'acide
dans des trips assassins
et sans nul goût morbide
t'ai mangé presque froid
N'éprouve aucun effroi
à cet aveu sincère
c'est de l'amour je crois

Moi l'anthropophagie
c'est pas ma cup of tea
j'en avais nulle idée
avant de t'rencontrer
j'ai pourtant dévoré
ta cervelle brûlée
ton coeur tous tes abats
ta moelle et ton foie
N'éprouve aucun effroi
à cet aveu sincère
c'est de l'amour je crois

Je fus veuve à demi
encore tout ébahie
de te trouver entier
au sortir de nos nuits
dieu que j'ai sangloté
mais toujours soutenue
par les femmes éplorées
que tu avais connues
N'éprouve aucun effroi
à cet aveu sincère
c'est de l'amour je crois
E.P.
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mardi 30 juin 2009

DNB 2009

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Pour redonner le moral à nos élèves de troisième, sur fond de crise économique , plans sociaux et progression du chômage, l'académie d'Aix-Marseille proposait cette année aux épreuves de français du brevet , un texte de notre dernier prix Nobel de littérature, J.M.G Le Clézio.
Un SDF découvre dans son repaire, près d'un canal, par un matin gris d'hiver, un bébé, une petite fille abandonnée, « l'enfant de sous le pont »...
Une lueur d'espoir sur fond de détresse semble vaciller à la fin du texte ( Hugo n'est pas loin ) , les faits se déroulent dans le sud ( et on le sait depuis Aznavour « la misère (est) moins pénible au soleil » ) mais le bébé est bien nu , il fait bien froid et l'estrassier demeure bien démuni.
La dictée, quant à elle, extraite d'une oeuvre de Maupassant plongeait les candidats dans une noirceur totale puisqu'elle évoquait le destin forcément tragique d'un mendiant infirme,  à qui le « on » collectif des paysans de la région n'accordait plus ni attention, ni charité.
Et encore, bien peu de nos ados, je pense, connaissaient la fin de cette bluette intitulée Le gueux, cruelle et pessimiste à souhait , à la mode d'un Maupassant aussi noir que Céline. Ici pas de rédemption. Pour personne.
Cloche, le gueux , mourant de faim depuis plusieurs jours, repoussé de tous, tue une poule, se fait arrêter, rouer de coups et agonise dans sa cellule à même le sol parce que les gendarmes n'ont même pas pensé qu'il pouvait avoir besoin de manger.
Les mots « masure » ( « t'as mis un 1 z ou 2  », entendait-on dans les couloirs ) « loqueteux » et « mendicité » ont certes déconcerté certains mais à défaut d'être réjouissant, l'ensemble était assez facile.


C'était une petite fille
un bébé rose dans un carton.
Le canal semblait immobile
pourtant l'eau coulait sous les ponts.
Il est des naissances faciles
dans des cliniques de Neuilly
des fées marraines à Chantilly
et des destins à la dérive
qui s'échouent là au bout d'un quai.
Tout le monde n'est pas Moïse.
Dans un matin de brume grise
en lieu de princesse native
ce fut la misère adoptive
d'un chiffonnier au coeur usé
qui accueillit le nouveau né.
Les amours coulent comme l'eau.
Reste parfois au parapet
une poupée de chair et d'os.
La vie s'accroche la vie insiste .
L'enfant criait à cris perdus.
Epouvantail épouvanté
l'homme regardait la peau nue.
Entre ses mains sales et gercées
il tenait le corps si léger
et avait peur de le briser.

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samedi 27 juin 2009

fiche de renseignements

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.

         Elle ouvert un grand sac poubelle et vide ses étagères d'une année de bouts de papier, empilés là, à pages rompues, reliquats de photocopies, notifications administratives, calendriers de réunions caducs , doubles de rapports disciplinaires, autorisations de sortie, copies non réclamées, petits mots confisqués .
       Elle est arrivée à la fin, c'est à dire au début : les fiches individuelles de renseignements.
Celles qu'on fait remplir aux élèves en septembre pour faire connaissance et, il faut bien l'avouer,  gagner un peu de temps, autrement dit, en perdre, avant les choses « sérieuses » .
     Elle a pris l'habitude de poser à la fin de la fiche quelques questions plus personnelles selon l'humeur du moment et la nature du groupe d'enfants assis, là, face à elle, dans le temps où chacun évalue l'autre, circonspect .
Elle a demandé aux sixièmes de finir la leur en auto-portrait chinois, sur le modèle : « si j'étais un animal , je serais...   parce que ...   »
    Elle relit leurs phrases, prévisibles pour la plupart.
Les  garçons se rêvent tigres, lions, aigles ( royaux, cela va sans dire!) parfois, requins.
Jungle, univers sauvage, impitoyable.
Prédateurs plus que proies. Quoi de plus naturel que cette volonté de puissance !
Tiens ! cette fois, elle remarque  un rat, un scorpion et un incongru cobra choisi pour sa « discrétion » , promotion prometteuse ! 
Les fillettes, quant à elles, se voient invariablement chiens , chats, chevaux. Animaux on ne peut plus domestiques, bêtes à chevaucher, à caresser ou à battre ( Gisèle, Benoîte, au secours ! )
Les  plus aventurières ouvrent l'espace du foyer s'imaginant dauphins ou papillons.
Aucune ne s'avoue encore renarde, mante religieuse ou mygale.
    Un  choix l'a pourtant déconcertée, cette année, celui d'un petit garçon  très blond, très pâle et dont elle a du mal à imaginer la mue en homme.
  Il écrit :
« Si j'étais un animal, je serais une tortue parce que ... je pourrais prendre le temps de vivre .»

Il se déclare par ailleurs « d'un caractère normal et jantil ».

Que les fées soient avec lui sous sa carapace de précoce sagesse, qu'elles le protègent  des aigles qui fondent, des lions qui rugissent, des scorpions qui piquent, de tous les serpents qui sifflent sur nos têtes et qu'elles l'accompagnent longtemps dans son si raisonnable désir !
Elle va garder sa fiche encore un moment, il y a si peu de bonnes surprises.


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lundi 22 juin 2009

Farenheit 99

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photo by Catherine Kurvink

Il fait chaud
Les seins se cerclent d'auréoles
aléatoires aéroles
frangées de sel givrées de lait 

« Il fait chaud »,
disent les gens aux croisements
les livres brûlent les paupières
les rêves se voudraient polaires

Il fait chaud
les jupes collent aux cuisses moites
la peau exsude et l'amour sue
Sut-il un jour ? sut-il toujours ?

Entre nous la glace a fondu



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photo by John Bates

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