vendredi 15 mai 2009

Molière for ever

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Ai vu au Gyptis, un classique du répertoire Le Malade imaginaire d'un certain Molière mis en scène par Alexis Moati et Pierre Laneyrie
Avec : Alexis Moati, Pierre Laneyrie, Patrick Denjean, Carole Costantini, Sophie Delage
(Création 2008 de la Compagnie Vol Plané)
      Les appréhensions, voire les a priori, que j'avais en allant voir ce spectacle, se sont vite évanouis et j'y ai goûté un vrai plaisir.
Débrouillardise, malice, vitalité, l'esprit du théâtre de tréteaux renaît avec cette mise en scène énergique et audacieuse de la dernière pièce de Molière, comédie-ballet destinée à délasser Louis le quatorzième de « ses nobles travaux » , et liée à jamais à la mort de Jean-Baptiste, après la quatrième représentation de la dite pièce, le 17 février 1673.
    Quatre acteurs pour douze personnages au générique, pas d'effet de lumière, ni de poudre aux yeux, un dispositif technique réduit, visible par les spectateurs  installés sur le plateau, de part et d'autre de la scène et impliqués à l'occasion dans la convention théâtrale .
      Un décor a minima composé de quelques sièges disparates alignés, dont un serait peut-être – va-t-on savoir ?- un original sur lequel Molière aurait pu s'asseoir !
    En fond,  un écran derrière lequel les acteurs changent de tee shirts et par là même, de rôles tant il est vrai qu'au théâtre, c'est bien l'habit qui fait le moine ou plutôt, ici, le nom imprimé sur la poitrine qui fait  Argan, Toinette, Béralde ou Angélique .
    Les acteurs apparaissent parfois sur cet écran, leur ombre chinoise précédant leur entrée en piste.
    Il y sera projeté un extrait de L'avare interprété par Louis de Funès comme médecine au mal imaginaire d'Argan car le théâtre vaut bien « une prise de casse » ( III, 1) .
      Le  rythme s'endiable , les acteurs s'autorisent très librement l'essoufflement et parfois même le silence au bord des mots , ou encore plus loin, un « arrêt sur texte »  pour expliquer un terme archaïque, éclairer le sens d'une scène, lancer un débat avec le public, actualiser un discours qui, on nous le rappelle , a quelque  336 ans et vieillit d'un jour de plus à chaque nouvelle représentation .
    L'interprétation ne cherche pas la nuance psychologique : on est bien dans le burlesque.
Les intestins d'Argan gargouillent sous l'effet des clystères de M. Purgon, le bien nommé.
Les personnages trépignent quand ils sont en colère, sautent de joie quand ils sont heureux, hoquettent à même le sol lorsqu'ils sont tristes.
    La fin laisse juste entrevoir avec délicatesse la noirceur du propos, qui, ainsi que dans la plupart des oeuvres de Molière, traite de la mort, de la tyrannie, de la peur, des obsessions humaines.
    Comme au début de l'Acte I, Argan agite sa sonnette tout aussi imaginaire que ses maladies dans le vide. Drelin, drelin, il reste seul, enfermé dans ce corps qu'à vouloir conserver et chérir, il maltraite , ce corps dont il a fait « une boutique d'apothicaire » ,  prisonnier de sa folie , de ses angoisses, sans remède.
Une belle proposition de théâtre.

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Posté par pado1954 à 18:31 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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